Le chef de projet prend la parole

Vous voici sur le site de la coopérative des éleveurs de yak de l’Arkhangai, réunis pour essayer d’accompagner leur laine jusqu’en Europe. Cela parait si simple et si banal, mais pourtant…

Par quel « lien » serez-vous arrivés sur ce site ? En tapotant « yak » le mot magique, sésame des pâturages d’altitude en Asie centrale ou le mot « Arkhangai», à moins que vous ne soyez des utilisateurs à la recherche de « laine » ou de « duvet éjarré », ou peut-être est-ce en voulant connaître les activités d’AVSF (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières) en Mongolie…

(cliquez sur le texte ci-dessus pour lire la suite)

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Mais où est passé le duvet des yaks?

C’est plus d’une tonne et 700 kilos qui arrivent ce matin du 18 juin à l’usine Altaï Cashmere d’Oulan Bator. Le 5 juillet, après un procès en trois étapes, tri, lavage et éjarrage, il n’en restera plus que 542kg!

L’équipe d’AVSF s’est relayée au chevet des fibres de la coopérative pour ne pas en perdre une miette. A vos calculettes pour ce compte rendu aux allures de cours de mathématiques.

Objectif global: obtenir un rendement supérieur à 30%, alors que les moyennes actuelles pour le duvet de yak mongol tournent autour de 25% seulement. Cette amélioration du rendement reflétera (ou pas) la qualité du travail de peignage des éleveurs. Sans compter que le rendement est le facteur prépondérant pour le calcul du prix de revient. Autant vous dire que cette quinzaine passée dans les locaux d’Altai Cashmere nous a tenu en haleine jusqu’au bout…

Première étape: tri manuel des fibres

Durant 3 jours, une équipe de 6 trieuses chevronnées va passer en revue plus de 1700kg de fibres brutes pour les trier par couleur. 139kg de déchets divers (poussières, mèches de gros poils, brindilles…) ne passeront pas cette étape.

Rendement du tri: 92 %.

Seconde étape : le lavage

Cette étape a duré deux jours. Après être passée dans une soufflerie pour décompacter les fibres, la matière est tamisée avant de traverser 5 bains successifs d’eau à 60 degrés. Deux de ces grandes baignoires comportent de la lessive. A la sortie du dernier bain, un séchoir à l”efficacité redoutable fini le travail. Les techniciens d’Altaï Cqashmere défilent toute la journée pour venir voir la production de cette coopérative qui attire leur curiosité. Notre présence dans l’usine est très bien acceptée et les poses photos se multiplient à l’heure de la pause.

Partis avec l’eau du bain, 481kg de terre et poussière, qui portent le rendement du lavage à 70%. Les fibres brutes étaient plus sales que la moyenne, nous commençons à douter…

Troisième et dernière étape en Mongolie: l’éjarrage

Température de 30 degrés et près de 100% d’humidité, les cardeuses tournent sans relâche sous l’oeil et le travail expert des ouvrières. Les gros poils sont séparés du duvet par étapes successives. En bout de chaîne, nous voyons enfin apparaître le fruit de plus de 6 mois de travail : un duvet fin et doux qui ressemble à de la barbe à papa.Mais y en aura -t-il assez?

Enfin la dernière pesée rend le verdict final: 560kg de gros poils éliminés pendant l’éjarrage, et le rendement de cette étape s’élève à 50%.

Encore un calcul et le rendement total apparait: 31,4%. Pari tenu!

Félicitations aux éleveurs qui ont fait un bon travail, et chaleureux remerciements à tous les employés d’Altai Cashmere qui ne sont pas pour rien dans ce résultat très encourageant, autant pour nous que pour toute la filière yak mongole.

Le duvet arrive bientôt!

Collecte, suite et fin – du fourgon russe au camion russe

Tâche ingrate et fatigante : la collecte proprement dite auprès des collecteurs et l’acheminement des fibres brutes en fourgon d’abord vers Tsetserleg puis en camion vers la capitale Ulaanbaatar.

Dans le sum de Tsakhir, pesée et traçabilité des derniers 100kg de laine à collecter

Cette matière, très gonflante, prend beaucoup de volume, contraignant à de nombreux aller-retours. Beaucoup de poussière aussi et, le printemps s’étant définitivement installé, la chaleur aura été également de la partie. Les pistes, défoncées par les récentes pluies, auront fait baisser la moyenne à 20 ou 30km/h : la Mongolie aura rarement été aussi grande…

il en reste dans le garage !!!!

Ces trajets se sont combinés aussi à un travail de suivi administratif qui a permis d’assurer la traçabilité des fibres ainsi qu’une comptabilité précise.

Et en même temps, quel bonheur de voir les sacs de fibres s’entasser, fruits de plusieurs mois de labeur en terme d’organisation pour la Coopérative mais surtout d’un hiver mongol et d’un cycle biologique tout entier. Après les -40°, la vie va reprendre son court, un peu d’argent affluer. Car la soudure entre hiver et printemps est toujours difficile : outre la mort des animaux due au climat (l’hiver a été particulièrement rude et long cette année) mais aussi aux attaques de loup, les éleveurs n’ont plus eu de rentrée depuis des mois. Avec le soleil et les températures clémentes commence le travail laborieux et arrive un peu d’argent : agnelage et traite des brebis mais aussi des yaks, peignage des chèvres à cachemire et bien entendu des… yaks. Du fromage  sèche sur le toit des yourtes, l’on déguste et vend du lait et très bientôt de l’aïrak sera bu, le fameux lait de jument fermenté, véritable champagne de Mongolie.

A la Coopérative, l’on pousse un premier « ouf » de soulagement : 1,7 tonnes de fibres de yak peignées ont été récoltées. Un premier succès qui annonce encore beaucoup de travail.

Il est temps de faire transporter cette belle matière à Ulaanbaatar. Chose faite à l’aide d’un chauffeur, de son assistant et d’un camion russe Zil 130, sorti d’un autre âge, bleu ciel, comme on en voit beaucoup ici et pas même éreinté par ses centaines de milliers de kilomètres de piste.

camion et fourgon : russes

Où il s’agit de continuer à former et d’apprendre sur la collecte

La création d’une Coopérative a été une première étape nécessaire. Il a fallut aussi expliquer et sensibiliser les éleveurs à la démarche du commerce équitable ensuite. L’intérêt de l’initiative était bien entendu de leur donner les armes pour eux-mêmes commercialiser une fibre qui leur appartient en propre et de récolter les bénéfices de leur savoir-faire.

Le travail ne s’est pas arrêté là. A plusieurs reprises dans le courant des mois de mai et juin, les collaborateurs d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières en Mongolie se sont déplacés sur le terrain pour organiser la collecte et coordonner des formations. Ces déplacements n’auraient pû se faire sans l’aide de Bayarmagnai, le président de la Coopérative. Il est mongol, connaît les éleveurs personnellement et leur manière de faire.

L’organisation de la collecte a été un très bel exercice. Outre les détails pratiques et logistiques, elle nous a permis de comprendre davantage le terrain.

La toute première laine collectée

Le yak crée à la fin de l’automne un fin sous-poil qui lui permet de faire face aux températures extrêmes de l’hiver mongol (-40° n’est pas rare). Fort logiquement, les jeunes yaks de un et deux ans, parce qu’ils sont les plus fragiles, font davantage de duvet que les adultes. Non seulement ils en font davantage mais leur duvet est d’une meilleure qualité lorsqu’il s’agit de la filer et d’en faire des produits finis. Mais il y a un revers à la médaille : le jeune yak est fragile à la sortie de l’hiver et le printemps est capricieux quant à la météo. Il faut donc toute l’expérience de l’éleveur pour savoir quand commencer à peigner pour ne pas peigner trop, une contre-attaque de l’hiver étant toujours possible. Cela nous a fait également comprendre pourquoi la récolte était différée en fonction des régions et de leur géographie, la météo devenant clémente plus tardivement à certains endroits.

Les formations au peignage qu’AVSF a organisées furent un autre temps fort. Jusqu’il y a peu, les éleveurs se contentaient de couper le poil de yak pour souvent le transformer en feutre à yourtes. Mais couper le poil, c’est augmenter considérablement la proportion de grosses fibres et diminuer la longueur du duvet : deux choses qui sont problématiques lorsqu’il s’agit de transformer la matière et d’en faire un produit de grande qualité. Depuis plusieurs années maintenant, AVSF (et aussi d’autres ONG) forment les éleveurs à la pratique du peignage. Quelques gestes simples et de l’huile de coude permettent d’augmenter les rendements en usine de manière considérable, d’augmenter le prix de vente et donc de faire progresser les bénéfices pour les éleveurs.

 

La coopérative, les membres et les yaks en images

En quelques photos, voici un regard sur les éleveurs-membres de la coopérative, les réunions et les yaks.

En quittant le Soum de Khangaï pour se   rendre à une réunion, ce noir et ce blanc  passaient aux abords de la route. Il fallait s’arrêter. 18 avril 2010, 10h.

Le jour va tombe après une tempête de neige.  20 avril 2010. 18h


Le président de la Coopérative,  Bayarmagnai, juste avant une  réunion d’éleveurs sous la  yourte. 19 avril 2010. 12h


Au sortir de la même réunion, le chef de bag regarde les éleveurs devenus membres et qui prendront par à la collecte de yak pour la Coopérative. 19 avril 2010. 14h30

Photographies prises entre le 15 et le 23 avril 2010

Chronique d’une Coopérative

Les choses avancent en Mongolie !

La Coopérative a été officiellement créée le 17 mars 2010 à Tsetserleg par un groupe de 14 éleveurs de l’Arkhangaï, les membres fondateurs. Son nom, imprononçable en Français : «Ar arvidjin delgerekh».  Le président s’appelle Bayarmagnai. Des membres d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières ont assisté l’écriture des statuts et l’ONG américaine Mercy Corps a fourni une assistance juridique.

Il restait à l’enregistrer officiellement dans les bureaux de la capitale Oulan Bator pour qu’elle soit définitivement en ordre de marche. La chose s’est faite très vite et une demande de prêt a été déposée à la Xac Bank avec une garantie fournie par Mercy Corps. Cette somme d’argent va permettre de commencer la récolte en payant aux éleveurs leurs fibres brutes, en les rassemblant en un point puis en les faisant transformer. Mais les taux d’intérêt frisent les 20% annuels ici… C’est pourquoi nous sommes en train de demander une avance à nos clients européens pour soulager un peu la Coopérative.

Entre-temps, Quentin Moreau, assistant le projet en Mongolie, profitait d’un retour en Europe pour démarcher des clients et se faire une idée précise du marché des fibres animales et des opportunités pour le yak.

Mi-avril fût l’occasion pour Cédric Bussac et Quentin Moreau d’une rencontre avec les nomades dans leurs campements-mêmes. Il s’agissait de leur expliquer le fonctionnement de la Coopérative et l’intérêt à y adhérer et le système démocratique de distribution de bénéfices. L’idée a convaincu largement. Plus d’une quarantaine de familles sont devenues membres et en ordre de cotisation.

Nous avons visité les 5 soums (subdivisions administratives équivalentes à nos villages mais faisant en moyenne 3000km2) les plus peuplés en yak à l’Ouest de la province de l’Arkhangaï. Ces soums sont aussi les plus montagneux.

Dans chacun de ces soums, nous avons été dans chaque « bag » (la plus petite subdivision administrative) et rencontré des groupes d’éleveurs. Dans ces bags va s’organiser la collecte des fibres. Les éleveurs vont peigner les yaks et les fibres brutes seront concentrées par un collecteur, membre de la Coop. A la fin de la récolte, un robuste fourgon russe 4×4 passera chez chacun de ces collecteurs. Les fibres seront à nouveau concentrées dans le centre de la province, à Tsetserleg et sous bonne garde. Enfin elles seront acheminées à l’usine de transformation à Oulan Bator, transformées en duvet qui sera exporté vers l’Europe.

Sur une ligne du temps, l’export se fera en juillet et la transformation en juin. Les fibres seront livrées à nos clients fin août. En principe…