filage manuel 2012

Presque deux ans après la première rencontre entre AVSF et la Fibre Textile en France à l’hiver 2011, les embouteillages d’Oulan Bator sur la route de l’aéroport étaient pour une fois presque les bienvenus pour nous laisser le temps de retrouvailles chaleureuses et exposer brièvement le programme des futures journées.

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Une visite de l’usine Altai Cashmere, le partenaire local de la CAAD pour la transformation des fibres brutes, permettait le jour même à Annick, Annie et Marc de découvrir les secrets du lavage et de l’éjarrage des fibres de cachemire, de yak ou de chameau.

Uuganaa

Uuganaa

C’était aussi l’occasion de la première rencontre entre la Fibre textile et Uuganaa, chargée des relations avec les partenaires de la CAAD. Pendant que le duvet de yak de la CAAD passait sous la presse hydraulique afin de le conditionner pour l’export, Annick et Annie en profitaient pour faire des affaires en achetant en direct des sachets de cachemire. En apercevant les ballots de jarre de yak issue de l’éjarrage, la délégation de la Fibre Textile prenait alors la fibre commerçante et plaçait une commande de dernière minute à la CAAD : la jarre contient encore beaucoup de duvet, et cet hiver les membres de l’association feront des essais de feutrage.

En fonction des résultats, il sera alors possible d’envisager la commercialisation de la jarre, qui est bien moins onéreuse que le duvet mais représente tout de même près de 50% des fibres brutes que collectent les éleveurs durant la saison du peignage.

Au matin du 6 septembre, après avoir miraculeusement fait rentrer dans notre véhicule 10 kilos de duvet, 7 rouets à pédale, 5 valises, les sacs de couchage et des matelas, il ne nous restait plus qu’à trouver encore un peu d’espace pour les 5 passagers et le chauffeur avant de quitter la capitale pour huit heures de route jusqu’à la petite ville de Tsetserleg, au pied des montagnes du Khangai, capitale de la province de l’Arkhangai et siège de la CAAD. A notre arrivée, la délégation de la Fibre Textile était accueillie par le Dr. Baasanjav, directeur technique de la Fédération des Eleveurs de l’Arkhangai et Bayarmagnai, modeste et talentueux président de la CAAD.

le président prépare l' Aruul

le président prépare l’ Aruul

7 septembre : après les derniers préparatifs, c’est le départ dans un véhicule encore plus chargé que la veille pour le bag d’Asait, soum de Jargalant, et premiers contacts de nos hôtes avec les immensités mongoles. Temps radieux et pâturages encore verts ne gâchent rien au plaisir. Près du centre bag d’Asait, nous avons rendez-vous avec Narangerel, éleveur de yaks, membre de la Coopérative et menuisier. C’est avec lui que Marc, qui a mis au point un modèle de Charkha « low cost » et simple à réaliser, devra dans les prochains jours partager son savoir faire et fabriquer la première Charkha mongole de l’histoire. Les visages se font soucieux lorsque Narangerel nous montre avec confiance le matériel préparé pour cette occasion : quelques planches sorties de la scierie, des buches, un rabot, un couteau, une scie égoïne, une chignole à main d’un autre âge et l’outil qui s’avèrera primordial : la hache. Matériel rudimentaire mais très bien entretenu qui prouvera son efficacité le lendemain.

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A la hache, Narangerel, accompagné de Bayarmagnai au rabot

Une journée. C’est le temps qu’il a fallu à Narangerel, aidé de Bayarmagnai, de notre chauffeur et avec les conseils de Marc, pour fabriquer sa première Charkha. Parallèlement des rouets à pédales et une autre Charkha sont remontés et cinq fileurs et fileuses, venant d’autres camps, sont déjà à l’ouvrage. Ils sont très enthousiastes et celles qui avaient déjà filé au fuseau, apprennent très vite. Uuganaa fait patiemment la traduction de l’une à l’autre, Annick s’occupant des rouets à pédales et Annie des Charkhas.

Ilchegerel

Ilchegerel

La formation fonctionne très bien : les formatrices ont l’habitude d’apprendre les techniques de filage, et leurs élèves montrent une persévérance et une dextérité remarquables. L’ambiance est excellente, la formation se déroule au bord de la rivière sous un soleil automnal encore chaud. Le lendemain est dédié à l’apprentissage du retord, de la mise en écheveaux, du blocage et du lavage du fil fraichement filé. Le menuisier Narangerel, habile et très consciencieux, apprend avec Marc la fabrication de mandrins et de supports pour le retord, accessoires indispensables à une Charkha.

Charkha adoptée

Charkha adoptée

Alors que la neige arrive et qu’il est temps de quitter Asait tant que les cols sont praticables, nous prenons le temps de faire un premier bilan en comparant une Charkha et un rouet à pédale. L’avantage revient à la première sur tous les points : fabriquée localement et non importée, une Charkha coûte dix fois moins cher qu’un rouet Ashford ou Louët. L’objet est aussi moins encombrant donc plus facile à emporter et ranger sous une yourte. En outre, l’apprentissage est beaucoup plus rapide pour des fileuses qui savent souvent filer au fuseau. Enfin, et c’est peut-être le plus grand avantage, le fil réalisé à la Charkha est souvent plus fin et toujours beaucoup plus doux. Cet appareil est très adapté au duvet de yak et permet avec beaucoup de simplicité de révéler toutes les qualités du duvet produit par la coopérative.

Narangerel, la Charkha et Marc

Avant de continuer vers Khangai pour une autre formation, une commande est passée pour 4 nouvelles Charkhas et une vingtaine de mandrins qui viendront équiper les fileuses afin de standardiser la taille des écheveaux.

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Dans le bag de Gichgène du soum de Khangai, six nouvelles fileuses nous attendent. L’hiver dernier, elles ont vu leurs voisines et amies filer le duvet, et cette activité semble plaire. Le filage, qui a lieu durant la période hivernale, permet d’occuper les journées glaciales d’hiver alors que les travaux de l’élevage sont réduits au minimum pour les femmes.

formation à Gichgène

formation à Gichgène

Là encore, l’installation des rouets et Charkhas se fait sur des tapis, dehors au soleil. L’expérience de la Fibre Textile et la détermination des futures fileuses donnent des résultats étonnants. Lorsqu’il faut des jours, voir des semaines à certaines personnes pour apprendre à filer, ici tout semble beaucoup plus facile. La fin de la journée et de la formation est décidée lorsque la marmotte spécialement préparée pour nous en Boodog (remplie de galets chauds, elle cuit lentement à l’étouffée) est prête à être dégustée. Assis en cercle au beau milieu de la vallée de Gichgène, une assemblée joyeuse savoure les dernières heures du jour et ces instants d’amitiés précieux.

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Le bilan de ces quelques jours de formation est finalement très bon : 11 nouvelles fileuses ont été formées et équipées de rouets ou Charkhas, portant le nombre total de fileuses à 21 personnes. La possibilité de construire localement des Charkhas, qui restait au début du séjour une question en suspens, a été démontrée, et une petite production a été lancée. Enfin, le choix de la Charkha pour valoriser le mieux possible le duvet de yak a pu être validé, cet outil plait aux éleveurs, il reste simple à utiliser et à entretenir ou réparer. Pari tenu pour la Fibre Textile, la CAAD et AVSF pour cette seconde série de formations filage, bravo !

Cédric BUSSACLogo AVSF

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