Contexte

La Mongolie est à la croisée des chemins : pays sous régime communiste depuis 70 ans, elle découvre l’économie de marché depuis 1991 et s’y engage résolument. Si nombre d’activités économiques se concentrent dans la capitale, Oulan Bator, et dans le secteur minier, la Mongolie n’en reste pas moins un pays d’éleveurs nomades sur l’immense majorité de son territoire et pour une part conséquente de son économie (20%) et de sa population (plus de 30 %). Ce secteur d’activité doit actuellement faire face à une série de défis en termes environnementaux et socio-économiques.
Le début des années 2000 a été marqué par une série de catastrophes climatiques (dzud en mongol) : hivers très rudes et étés très secs qui à l’époque réduisirent considérablement le nombre de têtes de bétail. Mais depuis lors, en moins d’une décennie, les troupeaux se sont multipliés et atteignent des sommets historiques. Ce qui, l’ensemble des acteurs le reconnait, est en train de créer une crise grave de surpâturage. Si la conscience de ce phénomène est largement partagée, les solutions factuelles semblent manquer.

Deux principales raisons expliquent cette crise. L’économie planifiée de type soviétique a créé un marché à l’échelle de l’URSS pour la viande mongole, ce qui permettait de réformer par abattage une proportion conséquente du bétail. Depuis 1991, ce débouché n’existe pratiquement plus (90% de diminution en volume). L’autre raison est l’ouverture des frontières et l’explosion du marché à l’export (vers la Chine et l’Occident) de la laine cachemire qui pousse les éleveurs à accroitre la proportion de chèvres (Capra aegagrus hircus) dans leur troupeau (jusqu’à 80% du cheptel total). Cette “monoculture” massive et le mode de broutage de la chèvre (arrachage des plantes et herbes, à l’inverse du mouton par exemple) sont en train de pousser les écosystèmes mongols dans leurs derniers retranchements. Si l’éleveur est généralement conscient des dégâts causés par la chèvre sur son environnement, le contexte économique global de la Mongolie ne lui permet pas facilement de choisir d’autres alternatives. Dans le cadre d’un élevage extensif et de subsistance, loin des centres urbains et sans réel accès aux filières commerciales, l’éleveur n’a pas beaucoup d’autre choix que de produire et vendre du cachemire pour créer un minimum de liquidités et par là s’assurer l’achat de produits de base (farine, riz, sucre, etc.). En effet, le cachemire est le seul produit à avoir un cours élevé (quoiqu’en diminution constante), un système de collecte en province (capitales de province et villages), bien entendu une demande forte de la part des entreprises, et une forte valeur ajoutée sur les marchés internationaux.

Enfin, spécificité géographique, la Mongolie est un pays immense à l’infrastructure routière balbutiante. Les manufactures se concentrent dans la capitale Oulan Bator. Toute entreprise logistique doit faire face à des défis conséquents (temps, distances, qualité des pistes, etc.) et les éleveurs n’ont donc pas d’accès aisé aux centres économiques et de transformation des produits. Ils dépendent de collecteurs qui fixent les prix et imposent la nature de leur demande. Le dommage collatéral de ce type d’échange est la multiplication des intermédiaires dans la chaine commerciale, diminuant significativement le prix perçu par le producteur.
Cependant, ces constats alarmants et ces problèmes ne sont pas sans solution. De nombreux chercheurs et maintes ONG travaillent en Mongolie et particulièrement sur le pastoralisme nomade. Leurs études et actions pointent le doigt sur la recherche d’alternatives au tout cachemire. En ce sens, encourager un élevage (historique dans le pays) du yak et du chameau constitue un début non-négligeable de solution.

A l’autre bout du monde, en Europe et dans les pays occidentaux en général, le secteur textile vit des heures difficiles. Depuis une cinquantaine d’année, la majorité des entreprises ont été fermées et la production s’est délocalisée vers des pays à main-d’œuvre peu onéreuse. Malgré ce phénomène, nombre de petites et moyennes entreprises continuent à croire en une production de qualité et “Made in Europe”. Celles-ci sont en constante recherche de fibres originales et d’origine éthique. Or l’offre en filière équitable pour des produits textiles se limite à la portion congrue et concerne davantage le coton que la laine. Même en filière classique, les produits de yak et de chameau sont à peine présents sur les marchés de l’Ouest (et en majorité d’origine chinoise), a fortiori lorsqu’il s’agit de laine brute (à carder, filer ou en pelote).

Notre action souhaite se positionner sur ces terrains et dans ces contextes : coopération avec la Mongolie et soutien à un artisanat de qualité en Occident.

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